palais

     Initialement, nous allions "en Avignon " et non " à  Avignon ", car la cité, propriété du Vatican, ne fut rattachée, par décret, au territoire français qu'après  la révolution en septembre 1791. Cela peut être considéré comme une curiosité, mais l'expression est restée intacte et nous continuons à aller en Avignon comme nous irions en France !

  

  Mais remontons le temps plus avant ! 

 

  Artistes en tout genre, peintres, sculputeurs et lettrés... Avignon a acquis ses heures de gloire et de prestige sous le règne de certains souverains pontifs tels que Jean XXII ou Clément VI, qui contribuèrent au rayonnement de la ville au niveau européen, en y établissant une cour aussi riche que cultivée.... 

palais vue d'avion

Palais des papes vu du ciel 

 

Ainsi, c'est en 1309, alors que le Saint Siège est en proie à de cruelles discordes - plus politiques que spirituelles - que le pape Clément V et ses partisans quittèrent Rome pour leur demeure de villégiature d'été à l'Isle sur la Sorgue - une agréable petite cité à quelques kilomètres d'Avignon sur les rives ombtagées de la Sorgues -, avant de lui préférer Avignon.

  En fait, à cette époque, plusieurs familles se disputent l'hégémonie du pouvoir, chacune défendant âprement son candidat à l'élection papale; ce qui les conduira au premier grand schisme de l'Eglise catholique.  Le tout sur un fond de rivalités politiques constante entre français et anglais : l'Europe n'en finit pas de se battre ! Entre autres sujets de discorde, il y a la revendication de l'Aquitaine.

Afin de tempérer, voire d'aplanir, les échauffements entres les deux rivaux, le pape Clément V - de son vrai nom Bertand de Got -  est mandaté en France pour rétablir une paix (précaire) entre les deux puissances..

  Dans ce climat franco-anglais insurrectionnel et jugeant la situation de son propre pays - l'Italie - fort instable et malsaine - y compris pour sa sécurité -, il préféra se mettre en sécurité et attendre que l'orage passe. résolut donc de fixer sa cours dans le Vaucluse territoire vatican et un point stratégique, au carrefour européen entre la France et au-delà l'Angleterre, l'Allemagne et le Saint Empire Germanique et l'Italie. 

   L'idée d'un palais ne fut pas, de prime abord, dans ses projets puisque ce séjour ne devais être que transitoire : quelques semaines, quelques mois.  Dans un premier temps, il se fit donc héberger par les Dominicains, dont le couvent se trouvait dans le quartier de l'actuelle rue de la Carreterie. Il séjourna également dans d'autres petites localités avoisinantes telles que Malaucène ou Caromb, sans vraiment se fixer quelque part, espérant toujours un rapide retour à Rome.

  Pourtant le pauvre homme qui souffrit, paraît-il, d'un cancer de l'estomac, ne vit jamais son désir d'un prompt retour se concrétiser, puisqu'il décéda avant, en 1314.  

 

  Son successeur - Jacques Duèze - prend la tiare sous le nom de Jean XXII, en 1316, dans une atmosphère toujours aussi incertaine, aggravée par les bandes de routiers* menées par les propres neveux de Clément V, qui semaient la terreur en mettant régulièrement à sac les environs, entre Avignon, Malaucène et Carpentras.                    

 Si le futur Jean XXII ne fut élu que deux ans après le décés de Clément V, c'est parce que le conclave mit longtemps avant de se décider, ses membres étant divisés entre les postulants  français et italien; chacun défendant avec ardeur son favori.  

  La mort du roi de France, Philippes le Bel, n'arrangea pas non plus les choses ! Quoi qu'il en soit, le nouveau roi, Philippes le long, s'impatienta et se vit contraint d'enfermer le conclave avec ordre de n'en sortir qu'avec un nouveau souverain pontife... Pourtant, nul ne parvenait à se décider. Finalement, on se dit que Jean XXII, un vieillard d'apparence maladive, ferait bien l'affaire ! En effet, il est âgé et sa fin proche, pensait-on,. Son élection permettrait ainsi de gagner du temps et les prélats pourraient à loisir choisir leur futur dirigeant, sans être pressés par les uns et les autres...

Oui, mais voilà..... 

 Jean XXII se montra bien plus robuste que ce qu'il paraissait ! Ce pape de transition allait donc perdurer, son règne sera même le plus long des d'Avignon. Il se révélera d'une incroyable énergie... Il s'attachera avec vigueur à instaurer une fiscalité rigoureuse qui ne tarda pas à remplir les caisses du Trésor pontifical; de même il lutta avec acharnement contre les excès de l'Inquisition, qui allumait ses bûchers un peu partout, et amena les cités guelfes* à la sédition contre le roi de Bavière, partisanes de "l'antipape", c'est à dire du favori italien en place dans la cité vaticane (Avignon). Victime de jalousie ? Il est vrai que Jean XXII était un pape quelque peu énigmatique et cela lui valut d'être accusé par ses détracteurs de toucher à l'hermétisme et d'être l'auteur d'un ouvrage d'alchimie - "Ars transmutatoria" -Cela semble toutefois incohérent quand nous connaissons sa bulle contre les alchimistes !

Il rendit l'âme en 1334 après avoir été obligé d'abjurer...

 


 Cette même année vit l'élection du nouveau souverain pontife, Benoît XII - de son nom Jacques Fournier -.
 

   Sa carrière de moine cistercien se ressentira tout au long de son règne emprunt d'une grande austérité. Une attitude qui rompt radicalement avec les goûts de Jean XXII qui aimait le luxe et le faste. Dans une volonté d'épuration, il mettra fin aux dépenses dispendieuses de même qu'au népotisme alors en vigueur. 

  Lui non plus ne se départit jamais du rêve de ses prédécesseurs : lui aussi espéra plus que tout ramener sa cour à Rome, mais en vain.

 Ce sera sous son pontificat, en 1340, que sera posée la première pierre du futur Palais des Papes... 

                                           

 A la suite de Benoît XII, en 1342, ce sera Clément VI - Pierre Roger de Beaufort -qui prendra la tiare papale.                                      

  A l'instar de Jean XXII, ce pape aime lui aussi les ors de l'oisiveté. C'est un nouveau virage et un surprenant retour en arrière par rapport à l'austère politique de son prédécesseur. Également amoureux des arts, il attirera auprès de lui nombre d'artistes, qui participeront à son rayonnement dans toute l'Europe.

Il poursuivra et agrémentera la construction du palais, mènant grande vie, dépensant sans compter les deniers du Trésor. C'est également lui qui achètera la Avignon à la reine Jeanne de Naples, comtesse de Provence. Les Italiens devenaient maîtres et propriétaires officiels de la ville.  

  A sa mort, en 1352,, les caisses sont vides même si Avignon est, culturellement, à son apogée ! Bien qu'il fut aimé, il ne possédait pas l'esprit comptable et rigoureux de Jean XXII et ruinera quasiment le Trésor pontifical !

 

  En 1352, Innocent VI - de son nom Etienne Aubert - accède au pouvoir, réinstaurant une politique plus drastique afin de relever les finances mises à mal par son prédécesseur. Et ce en dépit de la famine qui sévissaait et que la peste bubonique qui se répendait dans les campagnes, jusqu'aux portes de la ville. Afin de protéger Avignon, il décida de faire ériger des remparts; mais ce fut peine perdue et l'épidémie pénétra ! C'est dans le quartier juif de la place de la Pignote, en centre ville, que les pesteux seront, tant bien que mal, soignés.  Les morts se multipliaient et, bientôt, les cimetierres urbains devinrent trop étroits; il fallut donc trouver une solution rapide. C'est pourquoi construisit-on un grand cimetière extra muros, à Champfleur.

  Pour ceux qui connaissent les environs, c'est Innocent VI qui fit ériger, en 1356, la chartreuse de Villeneuves-lès-Avignon, en lieu et place de son ancienne livrée* personnelle.

 

  Urbain V - Guillaume Grimoard - lui succéda mais fut élu pape dix ans plus tard, en 1362   En bon moine bénédictin, il poursuivra la politique d'austérité déjà connue.

  Lui aussi conserva, comme les premiers papes, l'ardent désir de retourner un jours dans la ville éternelle. Urbain V tenta ce retour en 1367, malgrè les suppliques du roi de France à maintenir sur place une paix toujours compromise et une trêve franco-anglaise plus que précaire.

 En effet, les hostilités ne tardèrent pas à reprendre entre ces deux pays et le pape se vit donc contraint et forcé de rester en Avignon. Il était sur le chemin du retour, à Marseille, quand la mort le surprit en 1370.

  Urbain V sera, par aiilleurs, l'unique pape avignonais à être béatifié, en 1870.

 

Le neveu de Clément VI, Pierre Roger de Beaufort accéda au trône pontifical sous le nom de Grégoire XI , en 1370. L'atmosphère n'est toujours pas pacifiée et la reprise d'une guerre franco-anglaise menace. De même qu'en Italie où le pouvoir papal est toujours contesté. Grégoire XI entreprendra un voyage avec l'espoir de demeurer en Italie, au cours de l'année 1376; cependant, fatigué et malade, il ne peux achever sa mission et décèdera en 1378, à peine arrivé à Rome.

 

  Et en Italie, que se passe-t-il ?

 

  Un an après la mort de Grégoire XI, en 1379, le conclave, cerné par la populace romaine, se voit contraint d'élire un pape italien : Urbain VI, qui se montrera très vite caractériel et  tyrannique... Les français quittent donc Rome. De retour en Avignon, ils montreront leur désaccord avec les italiens et éliront leur propre pape : Clément VII.  

   C'est le second schisme ! 

 

  Clément VII devra lui aussi faire face aux ravages des routiers de Raymond de Turenne qui sèment toujours la terreur en Provence.

 

 

 

  

  En 1394, son successeur, l'espagnol Pedro de la Lune, devenu Benoît XIII, prend la relève, mais il n'est pas vraiment aimé. Il finira même par perdre le soutien du roi de France, car il refusait de se laisser dicter la conduite à suivre dans le règlement des divisions qui déchiraient l'Eglise que tous voulaient voir prendre fin.

  Il ne voulut pas lâcher prise et se barricada dans son palais, où il résistera de nombreux mois, avant de s'enfuir, en 1403. Il ne lui reste plus qu'à se réfugier chez son dernier partisan, le roi d'Aragon.

  En 1409, le concile se réunit à Pise et décide de déposer les deux papes français et italien, afin d'en élire un troisième, Alexandre V, mettant ainsi fin aux discordes. En outre, ce-dernier ne restera que peu de temps sur le trône pontifical puisqu'il mourra dix mois plus tard...

 

  Et là s'achève près d'un siècle de règne pontifical en la bonne et resplendissante ville d'Avignon !

 

 

                   

  Le Petit palais               

Ainsi nommé en opposition à son célébrissime voisin : le Palais des Papes. 

Toutefois, bien que moins vaste et imposant, le Petit Palais reste un monument emblématique de près de 3000 m2. 

petit palais

 Petit rappel historique !

   Premièrement, ne pouvant décemment pas loger dans un quelconque couvent et désireux de veiller à l'avancement du chantier, les premiers papes emménagèrent, avec leur cour, dans un logement plus modeste - le Petit palais -, voisin du majestueux palais, qui attire, chaque année, de très nombreux touristes du monde entier.

Pourtant, il ne fut pas érigé immédiatement, car aucun pape n'a réellement eu le désir de s'établir définitivement en Avignon. Pourquoi donc faire construire une demeure ? ce petit palais fairait tout aussi bien l'affaire... Car tous pensaient, en effet, que cet exil serait provisoire. Une fois les turpitudes politico-religieuses qui déchiraient l'Italie calmées, ils pourraient rentrer. Mais ce ne fut pas le cas ! Et le rêve d'un prompt retour a tenaillé chaque pape.

Si aucun n'eut un réel désir de s'implanter en Avignon, quasiment tous participèrent à sa construction du palais. Chacun, depuis Benoît XII en 1340, y ajouta sa pierre et sa marque de passage, l'agrandissant et l'embellissant sans cesse, tel que nous venons de le voir plus haut.

Les papes comme tous seigneurs du monde eurent une cours riche. Ils surent, entre autres, s'entourer de lettrés, de savants et d'artistes prestigieux, et notamment Jean XXII et Clément VI, qui contribuèrent au rayonnement et à la renommée de la ville à travers toute l'Europe, attirant nombre d'artistes qui vinrent y travailler, drainant dans leur sillage, une population hétéroclite qui ne cessa de s'accroître élargissant, de facto, la cité, qui dut repousser par trois fois son enceinte et bâtir à chaque fois de nouveaux remparts. 

Pareillement, voyant que leur séjour se prolongeait, les premiers papes se trouvèrent trop à l'étroit dans le Petit Palais et lancèrent donc, tout à côté, l'édification d'une demeure plus digne de leur rang.

  

   

  Aujourd'hui, le Petit Palais abrite un musée dédié, entre autres, à la collection Campana : une magnifique collection d'oeuvres iconographiques des écoles italiennes et française, du moyen-âge et de la  Renaissance.   

 

 

 

 

Giotto, "Vierge à l'enfant"

           

                                       00-008016_mid

           Maître de Pesaro, La Crucifixion, fin du XIVième siècle

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Ridolfo Ghirlandaïo, Le Couronnement de la Vierge,  fin XVième siècle 

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Vierge en majesté, XIVième siècle

 

Christ

Lorenzo dii Bicci, Christ en croix, XIVième siècle

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

: * Les routiers étaient des mercenaires payés par un commanditaires.

 * Les Guelfes étaient des partisans du pape dans ses luttes contre le pouvoir germanique, alors que les Gibelins, eux, soutenaient. le Saint empire romain germanique.

 * Une livrée est une demeure cardinalice.

 

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